Cotations alpinisme mixte

Les cotations utilisées en mixte sont encore assez peu abouties, car elles souffrent d’avoir été « détournées » lors de l’évolution de la pratique, sans avoir été redéfinies. La cotation « M » (M2 à M10 en alpinisme non équipé à demeure, cotation ouverte vers le haut) était au départ une indication « annexe » du grade en cascade de glace, pour signifier l’existence de passages sur rocher. Ainsi une longueur de glace en 4 avec quelques pieds dans le rocher était notée M4. Mais dès lors que la pratique s’oriente vers des lignes purement mixtes, où l’on évolue autant sur le rocher, la neige, les touffes gelées; et parfois plus du tout sur de la glace : ça ne fonctionne plus.
En effet, la difficulté n’est plus seulement liée à la raideur comme en cascade de glace (et parfois à la finesse de la glace ou présence de structures de glace complexes), mais en premier lieu à la présence de « prises » plus ou moins bonnes, comme en escalade. Il existe également une confusion entre les cotations en mixte (prises naturelles, et variété de supports) et celles liées à la pratique du « dry tooling » (pratique purement rocheuse sur ancrages souvent forés en france), pour laquelle on préférera la cotation « D » (D3 à D15 aujourd’hui) spécifique.
Enfin, la cotation « M » est une cotation technique qui rend compte de la difficulté d’escalader un passage, mais qui ne dit rien de la difficulté d’y évoluer en sécurité en plaçant soit-même ses protections, ce qui est généralement le cas dans les escalades mixtes sauf exceptions. Cet aspect de l’escalade pouvant parfois prendre une grande dimension, en particulier dans des secteurs comme les Aiguilles Rouges ou Belledonne, il est utile de l’indiquer systématiquement.

Les britanniques ont depuis longtemps adopté un système à deux entrées qui fonctionne assez bien, pour définir à la fois la difficulté technique et le sérieux d’une escalade mixte, mais cette cotation reste difficile à comprendre car les deux cotations sont liées : si la difficulté technique d’une voie augmente, à sérieux égal, les deux cotations sont incrémentées…

D’où la proposition de cotation à double entrée suivante, qui est utilisée sur ce site (les topos seront mis à jour petit à petit…) pour les voies d’escalade mixte (pour un passage de mixte dans une course d’alpinisme, la seule cotation M suffit souvent en précisant éventuellement le caractère exposé).

Cotation mixte par longueur à double entrée : Mx/Ey, par exemple M3/E2

Cotation technique M :

La cotation technique correspond à ce qui est couramment utilisé, et représente la difficulté à escalader la longueur. Sont pris en compte la difficulté des mouvements, le bagage technique nécessaire, la difficulté physique, le caractère soutenu ou non.
L’échelle démarre à M2 et est ouverte vers le haut, par demi-degrés (symbole +).

M2 : Mixte très facile et peu raide, piolets techniques inutiles, gestuelle basique (piolets plantés et bonnes prises de main), repos très nombreux et pieds généralement sur des marches ou dans la neige.
M3 : Mixte facile, passage possible avec un piolet classique, gestuelle basique, toujours de bons pieds et nombreux repos.
M4 : Début de « l’escalade mixte » avec piolets techniques nécessaires, gestuelle simple (piolets dans l’axe, quelques alternance piolets/mains, coincements simples avec toute la lame), bons repos, passages raides peu soutenus.
M5 : Gestuelle avancée (crochetages, rares inversés, piolets hors de l’axe, utilisation fréquente des deux poignées), passages déversants et passages raides soutenus, succession de prises de pieds délicates (« grattonage »), crampons monopointes pouvant être nécessaires.
M6 : Gestuelle complexe (coincements en torsion, grattonage), passages déversants soutenus, pieds à plat (« friction »).
M7 et + : Tout cela en pire !

Cotation de sérieux de l’escalade E

La cotation de sérieux de l’escalade correspond à la difficulté à se protéger dans la longueur, c’est à dire : la fréquence à laquelle on pose des protections (ou à laquelle on trouve celles en place), la solidité de ces protections, et la difficulté à trouver ces emplacements (en mixte il faut parfois déterrer les fissures enneigées, chercher les pitons entre les touffes d’herbe, …).
Elle prend en compte les passages techniques autour du niveau de la longueur. Par exemple un long passage de mixte facile (M2/M3) dans une longueur de M5 ne sera pas pris en compte même s’il est expo, ce sera alors décrit dans le texte du topo éventuellement.
L’échelle démarre à E1 jusqu’à E8, c’est une échelle fermée.
E1 : Protections abondantes (tous les pas techniques sont proches d’un point solide, chute bénigne), faciles à trouver et à placer, solides.
E2 : Protections éloignées (des pas techniques au dessus du dernier point sans exposition), faciles à trouver et à placer, solides.
E3 : Protections pouvant être éloignées, faciles à trouver, solides, avec risque de mauvaise chute (hauteur faible mais risque de blessure important, par exemple retour sur vire).
E4 : Protections pouvant être éloignées (des pas techniques au dessus du dernier point sans exposition) et difficiles à trouver ou à placer, solides.
E5 : Protections fréquentes mais solidité douteuse, souvent complexes à trouver.
E6 : Protections rares (passages techniques expos), éventuellement difficiles à trouver, solides.
E7 : Protections rares (passages techniques expos) et solidité douteuse, souvent complexes à trouver.
E8 : Protections anecdotiques, longueur très expo.
En plus de cette cotation « par longueur », on peut utiliser les cotations habituelles : Cotation globale de F à ED, cotation de sérieux de I à VII (représente la difficulté rencontrée par une cordée pour battre en retraite ou être secourue en cas de soucis), …
Quelques exemples pour comprendre l’échelle :
– Un dièdre avec une bonne fissure dans un flanc déversant, toujours visible et accessible, sera coté E1 : poser les protections est facile et peu couteux en temps
– Le même dièdre, avec la même fissure située sur un flanc peu raide et généralement enneigée ou bouchée par la glace, ou à chercher à coté de la ligne, sera cotée E4 car on passe plus de temps dans la longueur et on a plus de difficulté à protéger si l’on est en difficulté.

Attention, en mixte les conditions ont une grande influence à la fois sur la difficulté technique et sur la capacité à se protéger. Une longueur habituellement sèche pourra devenir plus facile avec un placage de glace. Une longueur facile à protéger pourra devenir délicate si toutes les fissures sont cachées voir bouchées par la neige ou la glace.
Les cotations sont toujours données en conditions « habituelles », ou pour une voie récentes dans les conditions de l’ouverture.