Traversée du Col de la Bûche : ski sauvage et via ferrata hivernale !

Voilà un itinéraire majeur qui ne paye pourtant pas de mine sur le papier : le col de la Bûche n’est pas très raide (4.2), le dénivelé est riquiqui (600m) et on traverse entre le Plan de l’Aiguille et la vallée blanche, deux points “chauds” du massif ! Il propose pourtant un véritable petit voyage alpin au cœur des Aiguilles de Chamonix. L’itinéraire est très complet techniquement et sauvage, à ne pas prendre à la légère. Le cadre est tout simplement magnifique. Un bijoux à faire, et à refaire 🙂

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Moraine de Blaitière, face à l’Aiguille du Plan

La journée commence encore une fois dans la benne de l’Aiguille du Midi (ou si vous n’avez pas de chance, dans une longue file d’attente…), mais cette fois on s’arrête au Plan de l’Aiguille. On ne suit pas la trace marquée qui part au Mallory (à priori très fréquenté en ce moment à pieds), mais celles qui se dirigent vers la moraine de Blaitière. Cheminement facile en traversée, qui permet de rejoindre l’aplomb des Lames Fontaine qu’on a plus l’habitude de visiter lors de l’approche du Pilier Rouge de Blaitière

Ce beau pilier et ses itinéraires sont un refuge très prisé des grimpeurs durant les épisodes caniculaires, car ils ne chauffent pas beaucoup : on espère qu’ils ne seront pas victime de la disparition du pergélisol (ou permafrost) comme cela est fortement envisagé 🙁
Après avoir parcouru le fil de la moraine qui offre une vue saisissante sur la face nord de l’Aiguille du Plan et la partie “Sud” des Aiguilles (Peigne et Ciseaux pour les coiffeurs, Caïman et Crocodile pour les amateurs de cuir, Aigle et Pélerins pour les ornithologues…), on se dirige vers le glacier des Nantillons dont on traverse les restes pour atteindre le pied de notre col.

La partie basse du Col de la Bûche a beaucoup souffert du retrait glaciaire. Si elle doit encore se parcourir dans l’axe par très fort enneigement, ce n’était à notre passage qu’un chaos raide de terre et de cailloux. On utilise donc l’itinéraire d’été par les échelles en rive gauche : petite séance de musculation avec les skis sur le sac et une première section verticale soutenue ! Le chemin d’été qui rejoint le couloir à la sortie des échelles est sous la neige et laisse place à une traversée mixte peu difficile mais très exposée, l’usage de la corde pourra être utile à des skieurs moins expérimentés en alpinisme.

La suite du couloir est plus classique et bien enneigée, avec de vieilles traces qui sont les bienvenues car la neige depuis a transformé, le couloir Ouest chauffe beaucoup en hiver. Le rocher de l’Aiguille de l’M est chaleureux et de bonne qualité, ça donne envie d’aller y user les grosses cet été ! Au milieu du couloir, un superbe obélisque se dresse en rive gauche et donne une vue royale sur le Mont-Blanc…

En débouchant au col, on est heureux de constater que le couloir Est est très bien enneigé et que la neige y est restée froide. Malgré son orientation et grâce à son encaissement, il chauffe peu en hiver ! Il est par contre raide et soutenue, ce qui peut surprendre quand on connaît la cotation 4.1 de camptocamp… Effet du retrait glaciaire ou du faible enneigement ? J’ai connu des 4.3/5.1 plus faciles :-p
Olivier est impressionné par le départ plongeant et d’où on ne voit pas la sortie du couloir, on en profite donc pour mettre en place les techniques d’assurages apprises par Julien en stage Aspi 2 de l’ENSA !
Pour l’entrée, assurage sur un becquet avec 70m de corde (40+30), de quoi se mettre en confiance et faire ses premiers virages. Ensuite une seconde partie assurée à l’épaule au milieu de la pente, bien assis sur les fesses avec les skis plantés : en cas de chute, un freinage progressif permet un arrêt tout en sécurité. Pour celui qui descend, une sangle autour  de la taille et un mousqueton permettent d’avoir la corde qui bouge derrière soi et de ne pas être gêné. C’est top de profiter des formations indirectement en attendant d’y être en personne 🙂

Une fois en bas du couloir, la partie technique de la descente n’est pas finie, on pourrait même dire qu’elle commence ! On a sous les pieds une moraine infâme laissée en cadeau par le retrait glaciaire : une belle punition pour la bêtise des Hommes 😉 Les topos parlent d’un passage délicat à ski dans la moraine, mais tous les couloirs que nous repérons sont en glace, sans visibilité sur leur sortie, et exposés à la chute de blocs monstrueux qui tiennent souvent par miracle dans un foutoir de terre et de glace. Un régal… Même par très bon enneigement, cette option reste aléatoire et doit être envisagée seulement avec un bon niveau de ski (pour ne pas y passer de temps) et un repérage très sérieux depuis la vallée blanche !
Pour notre part, on se dirige donc vers les échelles du refuge de l’Envers des Aiguilles.

Les échelles de la Buche étaient un gentil échauffement pour ce qui nous attend, car celles de l’Envers sont bien plus longues et exposées, et sont à cette époque très enneigées. Les passages de vires avec main courante en été se transforment en pentes expo, avec une stabilité de la neige douteuse sur ces dalles de granit lisse. On progresse donc à corde tendue (avec des points sur les équipements) avec un rappel dans la première partie pour passer une zone trop enneigée et très raide. Ambiance peu commune qui donne encore un peu plus de cachet a cet itinéraire !

La suite de la descente par la mer de glace se déroule sans encombre, nous sommes enfin en terrain connu et l’ambiance a bien changé avec la fréquentation qui passe de zéro à… beaucoup !
Merci les copains pour cette (encore une fois) très belle journée. Un si bel itinéraire si sauvage au dessus de Chamonix, c’est un régal.

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Petit passage ludique avant les Mottets

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