Grand tour du Chardonnet par les 7 cols

Le tour du Chardonnet par les 7 cols est moins célèbre que son « petit frère » aux trois cols, probablement parce qu’il est plus exigeant physiquement et qu’il nécessite une nuit en refuge. C’est pourtant un itinéraire fantastique qui se faufile à travers 5 bassins glaciaires (Argentière, Saleina, A Neuve, Trient et Tour) par des cols généralement faciles à franchir. Une excellente manière de découvrir cette partie du massif en s’offrant en plus de belles descentes et une nuit dans une charmante cabane perchée face au Mont Dolent !

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Au col des Essettes, devant le Triolet

C’est sur une excellente idée de Christine et avec le topo de Marika (ma grande sœur) que nous nous attaquons à ce grand tour. Avec Flo et Philo, l’objectif est de nous acclimater en prévision d’une tentative au Mont-Blanc début Mai. Et puis cette succession de cols est parfaite pour s’entraîner aux manips !
Si le réchauffement climatique et la disparition du pergélisol font tomber les montagnes, un col a poussé sur notre tour : l’incendie du téléphérique des Grands Montet nous offre le Col des Rachasses en apéritif. Une « cacahuète » qui se gravit facilement depuis le sommet du télésiège de la Herse, mais qui allonge la première journée de 400 mètres !

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Montée aux Rachasses

Après le stress du départ dans la cohue, on est content de se retrouver seuls sur le glacier des Rognons pour profiter un peu de l’ambiance sans que ça pousse derrière… Malgré tout on descend sans trop profiter du panorama magnifique des faces N car on souhaite éviter les bouchons du Col du Chardonnet : on sait que passé ce point de congestion, nous serons probablement seuls pour la suite de la journée !

La montée du Chardonnet est agréable et efficace, le rythme est plus soutenu qu’aux Rachasses mais les cuisses sont mieux échauffées… C’est par contre une ambiance de « cour des miracles » assez habituelle sur les classiques de Chamonix, avec un spectacle de lancé de skis. On commence à s’y habituer mais pour Philo c’est une découverte !
Les grandes faces N derrière nous, un petit glacier sur notre droite, et le beau cailloux du Chardonnet permettent d’oublier les autres groupes 🙂

Nous arrivons au sommet derniers du peloton de tête mais avec une bonne avance sur les poursuivants, on s’offre donc un petit pique-nique pendant que l’affluence diminue au col. La pente pour rejoindre le bassin de la Saleina est raide et bien abimée par les dérapages, de toute façon nous avions prévu de descendre en rappels ! Ce sera fait sans encombres en deux fois 40m, longueur idéale pour ne pas galérer (30m était trop court pour éviter la désescalade à priori).

Une petite descente en direction de la Grande Lui nous permet de profiter d’une vue imprenable sur l’Aiguille d’Argentière et sa face N glaciaire, très sèche actuellement ! Le couloir Barbey tire la tronche également…

On remet les peaux pour s’offrir (selon la police) ou se coltiner (selon les manifestants) notre dernière montée de ce premier jour en direction du Col de Saleina. Le premier ressaut passe par une rampe confortable entre deux barres de séracs, puis on suit sans soucis le glacier plutôt par son centre jusqu’au pied du couloir. Heureusement que le paysage est à la hauteur car cette montée sera dure pour ceux qui ne sont pas acclimatés !

Le Col de Saleina était le point clé de notre tour, le seul vraiment susceptible de ne pas être en conditions correctes pour être franchi. Il est sec, mais de bonnes marches mènent facilement 20m sous le col (bonne neige « couic ») et la partie mixte se franchit aisément. Je fais tout de même un relais au col pour assurer ce passage de rocher délicat !

Étant donné le « rab » de déniv des Rachasses et les conditions très sèches, nous n’hésitons pas à faire l’impasse sur le sommet de la Grande Lui pour plonger directement sur la cabane de l’A neuve… La neige a déjà partiellement regelé, ce n’est donc pas la descente du siècle et nous sommes bien contents d’arriver sur ce beau refuge suspendue sur son éperon ! Bien contents aussi d’y trouver le poêle qui ronfle et des couchettes libres !!
24km de distance et 1830m de déniv, cette première journée était dense.

Après un repas copieux et une nuit plus ou moins agréable (Flo n’a pas dormi et moi j’ai du me contorsionner sur un lit pour enfants ;p), nous quittons le refuge « en bon français » : arrivés les derniers, et partis les derniers ! Une toute petite descente nous permet d’aller mettre les peaux sur une pente douce, nous avons déjà rattrapé une grosse demie heure sur le groupe de suisses, parti avant nous en mode montée et que nous rejoignons…
Une bonne neige transfo au grip à toute épreuve nous amène rapidement au pied du Grand Darey.

Le col supérieur des Essettes est un beau couloir enserré entre des parois de rocher orangé magnifique. Malgré cette invitation à l’escalade, nous ne boudons pas nos skis et nous les chargeons sur le dos ! Le Mont Dolent se cache, mais l’Aiguille de l’Amone et le Triolet continuent de nous régaler. La pente de l’Amone est fantastique, les spatules démangent mais l’exposition réfrène les ardeurs…

Des Essettes, le col suivant nous tend les bras ! On rejoint le Col de Crète Sèche par gravité au dessus d’un vallon suspendu très esthétique. Une transition efficace qui met du baume au cœur : plus que 3 cols pour aujourd’hui ! La descente est courte mais agréable : d’abord un petit couloir en bonne neige, puis une pente en poudre tassée. On chausse prudemment perchés sur un promontoire à l’abri d’un sérac, certes petit mais costaud à en juger par la taille des blocs de glace ayant coupés la trace !!

Malgré la chaleur et la configuration de four solaire, la montée au Col des Planeureuses est rapide et sans douleurs. On en profite car on sait que le gros morceau de la journée arrive !
Nous retrouvons quelques personnes venues des Dorées et de Saleina et qui traversent dans le sens inverse, puis nous plongeons sur le Glacier de Saleina. La descente est agréable mais la neige est physique. Difficile de se lâcher complétement avec de gros sacs !

Après une traversée la plus rapide possible sous des séracs imposants, nous remettons les peaux et traversons le glacier de Saleina pour franchir la moraine et rejoindre le bivouac des Plines. Philo imprime un rythme de métronome qui convient bien à tout le groupe, écrasé sous le poids des sacs et un soleil qui tape. Nous nous échappons juste avec Cricri pour une escapade touristique à la cabane, elle est magnifique et nous reviendrons tester les toilettes perchés avec vue sur le Grand Combin !

La suite de la montée au Col Droit est efficace, et le passage de l’épaule devant le Portalet est génial… Une fois au col deux options : Cricri joue le funambule sur une petite arête ciselée, nous passons par le fond de la cuvette. Tout le monde atteint ainsi le Glacier du Trient, et nous pouvons nous offrir une pause méritée au pied des Dorées.

Il nous reste encore un col, mais cette fois peu de dénivelée ! On fait une bonne moitié de la traversée en se laissant glisser, puis on colle une dernière fois les peaux pour atteindre le Col supérieur du Tour. Bien que ça ne dénivelle pas, le plat reste usant et Flo et Philo sont bien soulagés d’atteindre le dernier point haut de cette traversée au long cours 🙂

Ce col marque aussi le retour de la foule, nous sommes nombreux à nous y arrêter et des caravanes se dirigent vers nous coté tour : changement d’ambiance après de longues heures de solitude ! On aura même le droit à un drone indélicat…
On profite cependant avec bonheur d’une vue enfin différente sur le Chardonnet et sa face N !
La descente est en neige restée froide, pas toujours facile mais agréable à skier. L’itinéraire rive gauche est très esthétique avec de jolies lignes de fuite, il ne faut pas descendre n’importe où, certaines traces vu du bas ne font pas rire !!
Sans erreur d’itinéraire, on se laisse glisser doucement vers la station du tour où la navette nous cueille immédiatement et nous dépose à 30m de la voiture.
Après 47km et 3200m D+, à travers 8 cols et 10 glaciers, nous sommes contents de ne pas en rajouter 😉

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