Traversée du Zinalrothorn (Rothorngrat/Arête N)

Dans la famille « mais c’est pas des vacances ! « , je voudrais Rob… Suite à une grosse mission l’an dernier à Coste-Rouge, j’avais promis des vacances plus calmes cette année en Valais. Nous nous sommes cependant retrouvé embarqués dans une grosse journée (15H refuge/refuge, horaire moyen mais loin des « records » de longueur régulièrement réalisés), sérieuse et engagée, mais sur un itinéraire magnifique. Très belle escalade jamais difficile mais soutenue pendant 400m sur un rocher extraordinaire !

Voir le topo.

Départ de Zinal pour une longue marche d’approche, il faut compter 4h pour rejoindre la Cabane du Grand Mountet. Pas de crainte cependant, cette montée en refuge est magnifique et fait largement oublier la distance parcourue ! En tout cas la première fois…
Après une première partie plate, on rejoint un superbe sentier en balcon, rive droite du glacier de Zinal. Le sentier passait avant par la Cabane du Petit Mountet et la moraine en Rive Gauche, mais le retrait glaciaire a forcé à un changement radical ! L’excellent travail des militaires du génie Suisse et des bénévoles du CAS a donné jour à un sentier irréprochable. On découvre petit à petit la fameuse « Couronne impériale », en commençant par le Grand Cornier et la Dent Blanche. De quoi oublier le poids du sac…

Au détour du Mammouth (une petite arête rocheuse parfaite pour la décontraction !), on poursuit la découverte de la Couronne Impériale. De droite à gauche : La pointe de Zinal, Le col Durand, Le Mont Durand, et le magnifique Obergabelhorn (le roi du lieu, de loin).
Le refuge est à 5 minutes de marche, mais on n’aurait pas rechigné à marcher 2h supplémentaires à condition de continuer avec un si beau panorama.

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Après une bonne pause pique-nique au refuge en la charmante compagnie d’un pasteur anglican, on remonte la moraine qui mène au glacier du Mountet pour repérer l’approche glaciaire du lendemain.
Repérage absolument nécessaire en l’état, aucune trace n’étant visible sur le glacier, et la lune étant nouvelle !

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L’Obergabelhorn cerné par les nuages nous offre un spectacle himalayen. En cachant sa base et en ne découvrant que son arête faitière (arête du Cœur), il paraît encore plus élancé !

Réveillés à 2h, dans les grosses à 2h45, nous débouchons sur l’arête avec les belles lueurs de l’aurore ! L’approche glaciaire de nuit, compliquée par une brume qui brouille le faisceau des frontales, a tenu ses promesses : ambiance « grande course » ! Le couloir de neige n’étant pas notre portion favorite de la course, on se réjouit de passer à la partie rocheuse tant vantée (« plus beau cailloux du Valais », « belle escalade sur un excellent rocher », etc… ).

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Si la partie rocheuse est largement vantée dans tous les topos, elle est aussi très ventée ce jour pour notre plus grand malheur ! Le vent de NW souffle fort et s’échine à maintenir un sentiment d’austérité et d’engagement… On va grimper chaudement habillés et gantés, je ne toucherai le rocher qu’à deux reprises dans le « grand gendarme » !
On profite donc du paysage mais de façon efficace…

La Rothorngrat présente une succession de gendarmes/ressauts dalleux dans un excellent gneiss rouge, solide et prisu, facile à protéger. On peut tricher en contournant une grande partie des ressauts coté Mountet (cela a été fait avant notre passage, en témoignent des traces dans la neige qui ne font guère envie…), mais ce n’est pas notre ambition : l’escalade est trop belle pour être contournée !

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Après un premier ressaut en III facilement avalé, nous avons franchi le second ressaut « hors des clous », traversée dalleuse à sensations au programme après avoir boudé l’évidente fissure qui menait au sommet…
Nous retrouvons l’itinéraire pour ce 3ème ressaut et nous ne le lâcherons plus…

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Parmi les nombreux gendarme du grand ressaut, dur de garder le compte… C’est chaque fois une escalade sur prises franches et fissures dans un rocher extraordinaire. La grimpe est démente, le vide devient un peu plus présent, et on commence à voir une belle enfilade d’arête dans le rétro ! Nous sommes ici dans le grand ressaut de l’arête, raide et aérien mais jamais difficile (entre 3a et 4a). Cependant, l’altitude fait son effet et on ressent une certaine faiblesse dans les bras à chaque passage d’un petit surplomb.

Le « grand gendarme », qui est un des plus petits de l’arête avec ses 15m (logique !), présente deux petites longueurs en IV/IV+, aériennes et à l’ambiance exposée, mais qui s’escaladent très bien avec de bonnes protections. Que du bonheur de faire une si belle escalade à cette altitude et dans cet environnement !

Du grand gendarme, on voit des cordées sur la voie normale, au dessus de la « Gabel » (fourche). Ils sont dans le passage des « plaques Biner », passage clé de la voie normale mais le passage le plus « cool » de l’arête SW du fait de l’équipement à demeure (spits, tiges) : le reste de l’arête est quasi vierge d’équipement (4 pitons croisés).

Quand on rejoint la voie normale, le vent est tombé et nous croisons « enfin » d’autres cordées : l’ambiance est immédiatement moins austère même s’il nous reste encore un bout de chemin ! Après les plaques Biner, une belle arête de neige aérienne nous rapproche du sommet. On ne mettra les crampons qu’au replat neigeux, l’arête étant bien tracée et bien protégée. Cela permet de chausser avec plus de confort et sans perdre de temps…

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En haut des plaques Biner

Pour atteindre le sommet depuis le replat, il reste deux gendarmes à contourner par des passages faciles mais aériens.

Christine arrive au sommet et trouve un emplacement de relais divin. Nous n’avons fait que la moitié de la course, mais c’est déjà une bonne chose de faite ! L’altitude ne nous a pas encore démonté, mais on est content à l’idée de redescendre…

C’est Christine qui attaque la descente délicate de l’arête N, encore bien enneigée. Exposition maximale, protections parfois délicates, il faut avoir le pas sûr dans ces conditions ! Mais l’ambiance est fantastique...
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Le Weisshorn en arrière-plan
Bien protégés par Christine on avance sûrement vers « la bosse », le premier gros ressaut qui se descend en deux rappels.

Après la Bosse, on franchi un passage aérien en rasoir, « la bourrique ». Certains préfèrent épargne leur pantalon, mais d’autres se laissent tenter par un passage rassurant en califourchon… Nous nous attaquons alors à l’énigme du Sphinx, aisément résolue par conditions sèche par un contournement versant Mountet. Notre seule erreur sera de garder les crampons, qui nous ferons perdre du temps sur le rocher parfois compact, sans être jamais nécessaires…

Le passage suivant, le « Rasoir », nous fera encore perdre du temps dans une tentative stupide de contournement. Finalement, nous franchirons le fil par de beaux pas d’escalade puis un rappel…
Une arête facile mène alors à l’épaule du Zinalrothorn, et nous plongeons avec bonheur en direction du col de Moming, passant enfin sous la barre des 4000m !

Nous pouvons décompresser, il ne reste plus aucune difficultés ! On profite alors avec délectation de la vue sur l’itinéraire du jour et sur ce cirque exceptionnel qui nous entoure !

3 thoughts on “Traversée du Zinalrothorn (Rothorngrat/Arête N)

  1. Ciao,
    Je découvre ton site aujourd’hui et je le trouve super, bien écrit et instructif. Et les photos sont superbes ! Je reviendrai !
    Bonne suite
    sandrine

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