Ben Nevis Style (1/5) : Tower Ridge

“All rise
C’est le nouveau, phénoménal, voyage du visage pâle
Le grelou est de retour, achtung!
C’est parti, ça vient du Ben Nevis
Direct issu de la génération dry-tooling
Pas de spits, non pas de pitons ici, pas de chichis
Si tu dérapes tu te chie dessus”
Suprême NTC (Nique Ton Canard)
Nous nous endormions depuis des semaines avec Vincent (dit Canard) sur ces belles paroles, nos piolets sous l’oreiller et les crampons déchirant la couette… Nous allions bientôt expérimenter -on peut même dire braver, avec tout ce qu’on avait entendu- ce fameux hiver écossais et gouter aux joies de l’escalade mixte dans un des temples de la discipline ! Le “dry-touffing” à Chamrousse (escalade en piolets/crampons entre mottes de terre, neige, rocher et sapins) nous plaisait beaucoup mais n’avait aucun standing : même en pleine tempête on reste au milieu d’une station dans un certain confort, ça fais beaucoup moins rêver quand on en parle le soir !!
C’est Rozenn et Chéri-Chéri (lire “Sainte-Rita ou les causes alpines désespérées”) qui nous firent la proposition de nous initier à ce massif qu’ils fréquentent depuis quelques années déjà : ils avaient besoin de porteurs afin de ne pas sacrifier le bacon de leurs petits-déjeuners… Sans réfléchir – c’est-à-dire comme d’habitude – nous avions accepté, puis nous avions commencé à nous renseigner : “short ou bonnet”, “ciré jaune ou shorty”, “hexentrics ou couches culottes” ? Le fruit de nos recherches n’était pas sans augmenter notre excitation, mais faisait naître aussi un certain trac !
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Alpinistes sur Tower Ridge, Ben Nevis
Pendant tout le trajet en train – puis en voiture, en avion et en bus – nous avions cassé les oreilles de Roro et Chéri-Chéri avec nos maigres talents de rappeurs. Et parfois les pieds aussi, avec nos bagages qui eux n’étaient vraiment, vraiment pas maigres…
C’est donc avec soulagement qu’ils nous ont lancé sur l’approche de la “CIC Hut” après avoir alourdit nos sacs de bacon et Cheddar, ainsi que de quelques légumes à intercaler entre le matos pointu et le dos. Presque deux heures de tranquillité, malgré des sacs de 30-35Kg, ça semblait alléger leur fardeau.26022017-IMG_0023.jpgCette approche se déroulait sous une pluie battante (et non une douche écossaise, la température restant constante autour de 0-5°c), nous tenions là avec Canard notre baptême : on n’était pas venu ici pour bronzer. Heureusement, Rozenn m’avait “gentiment mais fermement” conseillé d’investir dans une véritable veste pour remplacer mon bout de gore-tex trouée aux coudes et aux aisselles ! Par contre, je n’avais pas suivi tous les “conseils vestimentaires” de Roro et j’amenais quelques accessoires de mode supplémentaires (pitons, friends, ball-nuts, …), c’est donc avec ravissement que j’ai pu jeter mon sac à l’entrée du refuge…26022017-IMG_0025.jpgRésistant à la tentation de se cacher dans le séchoir que nous ne sachions faire sécher, nous décidâmes d’aller délester Roro de son sac pour la fin de l’approche. Le soulagement fut de courte durée, la douleur aux épaules bientôt remplacée par une souffrance auditive, c’est le “Ben nevis Style, Baby” ! Nous fûmes donc expédiés manu militari dans le brouillard une fois nos sacs rangés, afin d’aller voir dans une goulotte si Chéri-Chéri s’y trouvait.26022017-IMG_0036.jpgArmés d’un GPS et d’une foultitude d’objets acérés, nous partîmes la fleur au fusil chercher “Thompson’s route” (IV/4, D) que nous estimions pouvoir utiliser comme un échauffement à notre séjour. Dans le brouillard, à force de brasser de la neige, nous commencions à nous rendre compte que nous avions peut-être pris cette “petite montagne” écossaise un peu à la légère ! Ici la montagne est sauvage et la météo est rude.
Nous fûmes donc fort soulagés de trouver une goulotte en conditions exécrables, peu remplie d’une neige humide et sans consistance à peine bonne à faire du thé… 

C’est donc par la bien plus humble “Number 3 gully” que nous atteignons le plateau sommital, après une courte section raide en neige glacée. Vu la météo, nous rentrons directement au refuge en faisant la reconnaissance de “Number 4 gully”, un itinéraire très pratiqué à la descente, de préférence en luge sur les fesses ! Le refuge nous attend, chauffé et plein des regards goguenards de Roro et Chéri-Chéri…26022017-IMG_0059.jpg

Le lendemain le conseil de guerre, considérant les conditions délicates (neige poudreuse profonde sans sous-couche), décide de mener l’assaut sur une zone de faiblesse bien connue : Tower Ridge. Cette arête “facile” (IV/3, AD+) de 600m possède l’avantage d’être à l’abri des coulées, et propose une belle vue sur tous les autres secteurs.
Vu la quantité de neige, point de Blitzkrieg, nous avons la charge de faire la trace et cela nous occupera toute la journée.

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Tower ridge au centre de la photo

L’arête est atteinte en contournant un premier bastion par l’Est (le Douglas Boulder). De la brèche, un dièdre de 20m nous offre notre première longueur de mixte : on utilise les mains, les piolets, on coince tout ce qu’on peut, et quand on ne trouve plus rien, on essaye de ramper. Malgré quelques améliorations, cela restera notre tactique toute la semaine ! La suite de l’arête est moins technique mais dans ces conditions, la progression n’est jamais simple, car la poudreuse recouvre tout et n’offre aucun appui…

 

Nous atteignons ainsi le sommet de “little tower”, puis nous venons buter contre sa grande sœur qui tente de nous intimider pour la venger… Ni une ni deux, nous esquivons le combat par une traversée aérienne et audacieuse en face Est, la fameuse “Eastern traverse”. Passage qui est surement anodin par bonnes conditions avec des marches dans de la neige ferme, mais qui laisse des souvenirs en poudreuse vierge !

 

On franchit ensuite une arête effilée qui présente en son centre une brèche délicate (“The Gap”), les protections sont délicates à placer pour protéger le second mais ça passe bien : il suffit de ne pas le lui dire ! La suite est sans encombre et nous pouvons crier victoire.

 

Non seulement nous nous apprêtons à fouler le sommet du Ben Nevis pour la première fois (Roro et Chéri-Chéri eux ne comptent plus…), mais en plus malgré nos piètres capacités de rappeurs, il fait grand beau ! Nous profitons donc d’une vue à couper le souffle sur l’océan, et arrivons pour ne rien gâcher au moment du couché de soleil.

 

Roro et Chéri-Chéri -soulagés de pouvoir fuir les mômes ?- prennent un raccourci par N°4 Gully pendant que nous poursuivons au sommet et rentrons par “Abseil Post”, l’autre voie classique de descente.
Après cette première journée au Ben Nevis, nous sommes absolument ravis du traquenard !

 

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