Balade sur le Toit de Belledonne (traversée Agnelin – Pyramide)

Le massif de Belledonne est souvent boudé par les grimpeurs et alpinistes pour la mauvaise qualité de son rocher, et ne retrouve ses lettres de noblesse qu’en hiver où il est prisé des randonneurs à ski et amateurs de mixte… Pourtant il existe quelques itinéraires qui valent la peine d’y être parcourus, notamment en fin de saison pour profiter de belles lumières et réaliser un itinéraire à la journée depuis Grenoble. L’occasion (vu l’intérêt relatif de l’escalade) de pratiquer un alpinisme plus contemplatif et de profiter des vallons sauvages de l’envers de Belledonne (appellation grenoblo-centriste) !

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Le sauvage vallon du lac de l’âne

Nous démarrons des chalets de Rieu-Claret (barrage de Grand-Maison) juste à l’heure pour admirer le levé de soleil sur les champs de myrtilles rougis par l’Automne, un beau spectacle avant de passer dans un monde minéral au niveau du Lac de l’âne ! Le sentier est bien tracé mais discret, on a l’impression flatteuse d’être des invités « privilégiés » admis dans un vallon confidentiel, alors qu’à vol d’oiseau nous sommes très proches de la métropole… Un troupeau de bouquetins avec des jeunes se charge de nous rappeler que nous ne sommes pas chez nous, et nous attendons sagement qu’ils s’éloignent sous le regard noir des adultes !

Depuis le lac de l’Âne le sentier déjà peu marqué disparaît, et nous suivons des cairns pour atteindre facilement le sommet de l’Agnelin. C’est une belle randonnée sauvage qui mérite d’être réalisée par ceux qui prisent la tranquillité !
Nous enfilons les baudriers au sommet, mais continuons décordé pour débuter la traversée vers le Toit, jusqu’à rejoindre l’arête SE et un premier passage plus exposé en désescalade. L’arête est facile, mais le rocher fragile et la présence de lichen rendent le parcours parfois délicat. La corde est plus utile entre nous, et moins lourde que sur le sac !

Le début de l’arête SE est un peu monotone, très peu d’escalade et beaucoup de crapahute dans les gradins, éboulis et pentes d’herbes : on était prévenu ! On se réveil un peu avant le sommet S du toit, au pied du dièdre herbeux de 40m, première longueur d’escalade du jour. L’accès au dièdre par des gradins et une rampe est facile, on trouve un relais potable sur becquet. Le premier mur qui permet d’entrer vraiment dans le dièdre n’est pas difficile (III+/IV-), mais en rocher fragile et compact, c’est donc très expo… Ensuite on trouve de très bonnes protections et on escalade l’herbe qui tapisse le dièdre, « IV gazon » parsemé de quelques prises en rocher 😉 La longueur est cependant sympa !
On atteint ensuite rapidement le dernier ressaut et son dièdre en V, une escalade plus classique et plus plaisante ! Le rocher est bon, mais plutôt lisse et donc très exigeant moralement en grosses, c’était un bon moyen de se donner l’impression d’avoir grimpé en une longueur de 30m…

Depuis le sommet Sud du Toit, le chemin parcouru paraît bien loin, et le cairn sommital de l’Agnelin tout petit. Mais le chemin restant vers la Pyramide semble tout aussi long ! Heureusement, nous savons que la suite de l’itinéraire est plus facile et plus rapide, d’autant que le ciel se fait menaçant depuis une bonne heure : vent qui forcit et nuages noirs…
Nous atteignons donc très vite le sommet N, puis traversons en direction de la pyramide par une arête plus facile mais plus effilée : j’ai trouvé que c’était la section la plus esthétique de l’itinéraire. Quelques passages sont effilés et aériens, c’est une belle course d’initiation comme me l’avait soufflé Cricri, passée ici récemment en encadrement 🙂
Le ciel toujours menaçant est parcouru par trois énormes vautours qui profitent d’ascendances musclées pour trainer leurs carcasses à la recherche de charogne : nous les décevront en ralliant sans encombres le sommet, ils auraient fait une indigestion !

La descente du sommet de la Pyramide vers le Col de l’Amiante est sans encombre et rapide, on se décorde au niveau de l’antécime E. La plongée dans le vallon S vers le Lac de l’Amiante est évidente sur une bonne sente, puis nous suivons un itinéraire cairné avec parcimonie à partir du lac. Le vallon de descente est encore plus sauvage que celui de l’approche, on chemine de cairn en cairn dans un dédale de pentes herbeuses et de barres rocheuses, c’est une belle descente. La dernière pente pour sortir du vallon est plus raide et donc moins agréable pour les genoux, mais on ne rencontre aucune difficultés si l’on suit les cairns. Sinon, attention aux voies sans issues…
Un peu avant le fond du vallon, le ruisseau asséché reprend vie par une résurgence de laquelle s’échappe une longue coulée de mousse d’un vert vif. Les Myrtilles occupent ensuite tout l’espace, et les couleurs tendent de nouveau vers le rouge : c’est signe que nous retrouvons bientôt la voiture…
On peut donc dire que cet itinéraire mérite bien d’être parcouru ! Mais de préférence à l’automne, pour le plaisir des yeux… Ou surement aussi en début d’hiver, pour s’amuser en mixte sur des arêtes alors plus techniques !

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Naissance d’une coulée verte

 

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