Rocher du Midi, Voie de la grotte

Le Rocher du Midi fait partie des plus belles parois des pré-Alpes calcaire, et j’avais le projet d’y grimper depuis de nombreuses années. Je profite donc d’un automne plus actif en escalade pour concrétiser, et parcourir la très esthétique voie de la grotte. Ouverte par Gary Hemming, le « beatnik des cimes », cette voie offre un voyage dans une grande face raide avec comme passage marquant le franchissement du bouclier de dalles jaunes en passant à travers la fameuse grotte !

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Vue depuis la grotte

Nous partons avec Eric de bon matin de Grenoble, pour effectuer l’approche de nuit et profiter de l’orientation plein Est pour attaquer la voie avec les premiers rayons de soleil. L’arrivée au parking dans une ambiance froide (3°c) au milieu du chantier de destruction de l’ancien centre médical est un peu difficile, mais la montée raide permet de se réchauffer très rapidement ! Un chemin forestier mène à la Cabane du berger, d’où on peut observer la grotte au milieu d’une face impressionnante, puis un excellent sentier nous dépose facilement au pied de la voie.

La première longueur mets tout de suite dans le bain ! La paroi est imposante, le premier piton est loin du sol, et il est difficile de deviner si la fissure qui suit sera agréable à grimper et facile à protéger… Le point positif, c’est le soleil qui nous offre ses premiers rayons et qui diminue beaucoup l’austérité ! La Chartreuse est définitivement un bijoux à l’automne (mais aussi en hiver sous la poudreuse, vivement la neige 😀 ).
Eric s’élance en tête, ça l’arrange bien d’éviter la seconde longueur technique, et moi je ne suis pas mécontent d’éviter cette section expo… Il avale la longueur à toute vitesse, et donne le « La » pour la journée : grimpe efficace et plaisante !

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Eric dans L1

A mon tour de me régaler dans L1, qui n’est vraiment pas aussi affreuse qu’elle est souvent décrite : un début expo mais sans difficultés, puis une fissure franche avec de bons pieds et quelques bons friends à placer.
J’enchaine sur L2, souvent décrite comme la plus difficile de la voie. Elle déroule bien au début avec le dièdre physique puis une très belle traversée en dalle (excellent rocher !), avant de s’exciter au franchissement d’un premier bombé puis d’un second qui est carrément abominable ! La voie est longue, alors je suis passé en artif sans trop me poser de questions, mais ça demande quand même de se sortir les doigts, et de tirer sur un piton tête en bas qui laisse songeur…

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Sortie de L2

La suite de la voie jusqu’à rejoindre le mur jaune est moins soutenue et permet de profiter un peu plus de l’ambiance et de l’itinéraire très rusé des ouvreurs. Les protections sont souvent bonnes quand ça grimpe (des pitons bien placés et de bons friends) même s’il faut parfois engager, et l’excellent topo C2C permet facilement de ne pas se perdre. Le rocher est souvent bon, et si la grimpe n’est pas soutenue, on trouve malgré tout quelques beaux passages !
Un seul bémol pour L7 qui est extrêmement exposée avec le relais proposé sur le topo C2C, en effet il faut franchir une dalle délicate de 5-10m sans point de renvoi au dessus d’un relais plutôt moyen !! Pour ma part j’ai décidé en voyant ça de poursuivre L6 jusqu’au relais intermédiaire de la longueur suivante : bien m’en a pris car Eric est tombé dans la sortie de la dalle expo à cause d’un gros bloc cassé (il paraissait stable mais il n’était que collé par du gravier !), s’il avait été en tête au dessus du relais bonjour les dégâts…  Il faudra quelques longueurs à Eric pour retrouver vraiment confiance dans le rocher !

Une fois atteint le pied du mur jaune, on fait une grande traversée parfois aérienne pour retrouver un dièdre en rocher gris à l’aplomb de la grotte. Ce dièdre est joli, et mène à une terrasse cinq étoiles situé à l’aplomb de la grotte et de sa sortie en artif ! Cette fois c’est bon « l’approche » est terminée et nous allons enfin attaquer le cœur du sujet…
La longueur d’accès à la grotte commence par une traversée sur une lame de rocher, traversée aérienne et pas si évidente, sans protections, sensations garanties 🙂
Ensuite, un court mur raide en mauvais rocher se franchit en libre (6b violent et mentalement exigeant) ou en artif (pitons pas toujours attirants mais solides ! ). Le plus dur finalement, c’est l’entrée dans la grotte qui est en rocher exécrable : il faut marcher sur des œufs (qui roulent !)…

Le relais dans la grotte est formidable, superbe vue sur le relais précédent et grand confort ! Le rocher est par contre particulièrement fragile, et on se demande si la plaque jaune caractéristique de la paroi ne va pas finir en bas un jour ? J’imagine bien la tête du grimpeur qui verrait s’effondrer le toit de la grotte et resterait les pieds dans le vide !!
La sortie de la grotte pour atteindre le premier piton de la longueur d’artif est très classe, mais je ne faisais pas le malin vu l’atmosphère aérienne… Ensuite une fois entré dans le mur, ça déroule facilement en artif avec une longe réglable et un peu d’habitude, mais l’étrier sera utile pour ceux qui n’ont pas une grande allonge car les pitons ne sont pas toujours si proches ! Le vide est prenant, et comme au Pic de Bure on éprouve un grand respect pour les ouvreurs. La ligne se poursuit par une très jolie fissure qu’on observe depuis quelques longueurs, et mène à une petite plateforme de relais suspendue, la vue est superbe !

C’est au tour d’Eric de se lancer dans le dernier passage d’artif, une fissure raide juste au dessus du relais, qui peut se franchir en libre mais c’est bien difficile et il faut un moral solide vu l’ambiance ! J’ai un peu serré les fesses au début, espérant qu’Eric ne ferait pas sauter un friend car j’étais dans le « champ de tir » en cas de chute, à la verticale sous lui 😀 Mais Eric est passé sans soucis, et j’ai pu observer le vol des nombreux choucas sur la paroi jaune, pendant qu’il se promenait dans une belle fissure-cheminée ! Un petit moment privilégié perdu au milieu de cette grande face.
Une fois sortis sur le pilier sommital, il ne nous restait que deux longueurs, parmi lesquelles la première est un petit bijoux en excellent calcaire cannelé ! Escalade plaisante avec un passage marquant sur le fil E du pilier, les pieds au dessus du départ de la voie…

Le vent froid nous cueille au sommet, mais ne nous empêchera pas de profiter d’une pause bien méritée après 7h de grimpe… Les couleurs d’automne sont magnifiques, et la mer de nuages qui nous a caché la vallée depuis le levé de soleil se décide enfin à partir, laissant apparaître le chantier de destruction du centre médical : gros contraste avec le calme plateau sommital !
La descente par le col entre Dent de Crolles et Rocher du Midi est simple, rapide, et très belle. Le rappel en fil d’araignée peut s’atteindre en sécurisant la descente avec la corde (c’est très facile mais extrêmement expo), grosse ambiance quand la corde toronnée te tourne face à  la vallée à 40m de haut 😀
Encore une journée merveilleuse sur un bel itinéraire, et avec une cordée qui fonctionne bien !

One thought on “Rocher du Midi, Voie de la grotte

  1. Merci pour ton superbe site et le chouette récit + photos pour cette voie majeure. J’aimerais être à votre place et pouvoir revenir 40 ans en arrière dans cette face grandiose

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