Voyage à vélo dans les Balkans (1/2) : Les montagnes du Monténégro et de l’Albanie

Après avoir bien profité des montagnes du Val d’Aoste lors de nos vacances en Juillet et des Aiguilles rouges en Aout, nous avons remisé cordes et crampons pour découvrir les Balkans à vélo, en traversée de la Croatie à la Grèce. Même si c’est avec un pincement au coeur que nous avons délaissé nos montagnes qui commençaient à se parer des couleurs de l’automne, nous ne l’avons pas regretté !

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Arrivée en vue du lac de Shkodra

Le voyage à vélo étant une première pour moi, et à la suite d’un mois de septembre bien chargé en formation à l’ENSA pour l’aspirant guide, heureusement que Christine était là pour organiser les vacances.  Après avoir remué la toile et parcouru de nombreux récits, elle nous a concocté un très bel itinéraire reliant Dubrovnik au sud de la Croatie à Igoumenitsa dans le Nord de la Grèce. Le départ se fait de chez nous en voiture jusqu’à Aosta, puis on commence vraiment le voyage par un trajet en train et ferry pour arriver à Dubrovnik en début de matinée.

Ce n’est pas idéal de débuter par la traversée de Dubrovnik et un passage sur la « route du littoral » : une nationale étroite et sur-fréquentée avec beaucoup de camions, avant de s’échapper vers la Bosnie pour éviter ce tronçon dont beaucoup de cyclos parlent comme d’un mauvais souvenir (ou même un cauchemar !). C’est de loin la partie la plus stressante du voyage, surtout quand on est lâchés à froid dans l’arène après avoir siroté un café en terrasse sur le port…

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De la fourmilière…

Cependant durant le reste du voyage nous serons toujours agréablement surpris par les routes – généralement en bel état et peu fréquentées – et par les conducteurs, bien plus respectueux qu’en France ! La palme de la courtoisie revient aux habitants de Shkoder en Albanie qui font très attention aux vélos malgré une circulation chaotique, avec des attelages divers et variés qui roulent partout et en tous sens !

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… A la solitude !

Le seul bémol qu’on pourra trouver aux routes que nous avons empruntées est la manie des Albanais de tracer de longues sections raides : certaines étapes ont été rudes physiquement et on aurait tout donné pour avoir du plat ! Ceci étant dit, nous nous sommes ennuyés et nous avons fini par râler les deux fois (en onze journées !!) où nous avons eu du plat sur plusieurs kilomètres… Il faut dire que c’est arrivé tard dans le séjour et qu’entre temps on s’était bien habitués à enchainer les côtes et les relances en descente !

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Limitation à 10km/h : en vélo on ne risque rien sur ces pentes >10% !

Coté paysages, c’est assez varié et nous avons eu chaque jour notre dose de beaux panoramas : fortifications, littoraux, lacs, routes en balcons… Maquis, forêts de châtaigniers ou de conifères, fjords et lagons… Quelques passages sont particulièrement marquants : le littoral entre Herceg Novi et Kotor, les lacets de la « Serpentine » au-dessus de Kotor, la route en balcon au dessus des lagons aux airs vietnamiens du lac de Shkodra, les lacs artificiels immenses de Koman, le Llogara pass qui surplombe la mer, …
Étant hors-saison nous avons également eu le privilège de fréquenter des plages parfois vides sur plusieurs kilomètres durant les derniers jours en bord de mer !

Et puis l’avantage du vélo, c’est que tout en pédalant nous avons pu apprendre quelques rudiments de langage, condition quasi nécessaire pour engager la discussion dans des pays où l’anglais est encore rarement parlé en dehors des grandes zones touristiques. Bien sûr nous étions très loin de savoir tenir une conversation, mais l’effort étant réellement apprécié cela nous a offert quelques beaux moments dans des restaurants ou des magasins, et beaucoup de sourires 🙂
Des fous rires aussi, comme lorsque nous avons essayé de commander des crêpes (délicieuses !) en Albanais. Nous avons buté une première fois sur le « Lait de Panda », traduction ubuesque par google de la « poudre d’amandes ». Puis nous avons passé plusieurs minutes à essayer de comprendre – livre franco-albanais à la main – pourquoi la serveuse nous demandait si l’on parlait russe alors qu’elle nous proposait simplement du raisin sec !
L’utilisation d’un traducteur de poche (par exemple google trad en hors-ligne) est cependant salvatrice, et peut débloquer des situations, ou entretenir la conversation  lorsqu’arrive une horde d’enfants !

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Cours de langue accéléré pour Christine !

En dormant parfois en bivouac sauvage, souvent en hôtel ou en camping, c’est un voyage tout confort que l’on s’est offerts ! Et qui nous aura bien musclé les cuisses, car ce n’est pas pour rien qu’en albanais « montagne » se dit « mal ». Au total nous aurons parcouru environ 600km et 11 500m de dénivelé (selon l’application Komoot qu’on soupçonne de gonfler parfois les chiffres ?) entre nos deux ferrys, juste ce qu’il fallait pour avoir mal aux fesses le dernier jour et ne pas être trop tristes de rentrer !

Le détail des étapes :

J1 : Dubrovnik – Trebinje, 30 km / 600m D+
Dubrovnik est célèbre pour ses murailles, pas pour le vélo. C’est soulagés que nous prenons une petite route vers la Bosnie, on profite alors mieux de la ville vue d’en haut. Pendant que les fourmis se baladent peinard sur les remparts, nous suons sur une portion à fort pourcentage !
Ensuite c’est du maquis, les paysages ne sont pas exceptionnels, mais l’arrivée le long du fleuve est belle et nous trouvons à l’entrée de la ville un lac artificiel pour nous baigner !

J2 : Trebinje – Serpentine (Kotor), 80 km / 1500 D+
Une longue montée aride mène à la frontière du Monténégro, d’où nous descendons jusqu’au littoral à Herceg Novi. Nous sommes soulagés de constater que la quantité de déchets en bord de route diminue quand on s’éloigne de Bosnie…

Après une courte baignade, nous suivons la superbe route qui mène à Kotor. Nous prenons le ferry pour couper le tour du fjord, et empruntons une route moins fréquentée de l’autre coté du fjord, un régal !

Nous poursuivons en direction de Njegusi et dormons dans la première épingle de la « serpentine », rattrapés par la nuit. Une vue magnifique et un lieu calme, mais le prix à payer est de dormir dans une décharge sauvage de matériaux de construction…

J3 : Serpentine – Livari, 90 km/ 1900 D+
Malgré la grosse étape de la veille, nous nous levons avec le soleil en espérant rejoindre Shkoder d’une traite ! Naïveté coupable et peur de ne pas avancer assez vite pour éviter la journée de pluie du lendemain, j’avoue avoir eu tout faux…
La reprise dans la « Serpentine » – suite d’épingles perchées au dessus de la baie de Kotor – est agréable. Nous passons par Njegusi (arrêt obligatoire pour acheter du jambon, délicieux !) et continuons à monter en direction du col de Bukovica (1110 m).

Une longue descente nous mène alors à Cetinje, grande ville que nous traversons sans nous y attarder, pour continuer jusqu’à Rijeka Crnojevica et une pause bien méritée dans un charmant resto en bord de rivière.

Nous poursuivons par de petites routes vallonnées jusqu’à découvrir le lac de Shkodra que nous surplombons en arrivant à Virpazar. L’ambiance est magnifique au dessus de ces lagons aux airs de Vietnam !

Nous avons bien compris à ce stade que nous n’atteindrons jamais Shkoder, mais pensons encore qu’il sera possible de trouver de l’eau et un endroit pour bivouaquer en chemin. Malheureusement, la route qui longe le lac est très peu urbanisée ! Nous n’avons plus d’eau, et les quelques villages qu’on aperçoit loin en contrebas paraissent déserts.
C’est la loose, mais nous finissons par trouver un logement sur « booking » que nous rejoignons à la nuit tombante : porte close. Après une belle galère, et grâce à l’intermédiaire de plusieurs interprètes, nous finirons par camper dans le jardin d’une famille charmante, dont les filles parlent un peu anglais et nous aident à faire la conversation. Nous y avons passé un des meilleurs moments du voyage !

J4 : Livari – Shkoder, 50 km / 500m D+
Ce matin nous sommes chanceux, la tempête a fait rage une partie de la nuit avec trombes d’eau et orage violent, mais nous repartons sous un ciel bleu en direction de Shkoder. Le rythme est peinard, l’étape est facile ! Nous traversons de belles forêts de châtaigniers en veillant à ne pas crever, puis alors que la route fonce droit sur l’Albanie, un dernier virage prolonge le séjour en Monténégro par une belle descente.
C’est alors une longue plaine cultivée qui nous fait traverser la frontière et nous mène aux portes de Shkoder.
Nous craignions la circulation à vélo dans cette grande ville, mais les conducteurs sont ici étonnamment courtois et attentifs, et c’est un plaisir d’y rouler !

J5 : Shkoder – Koman, 50 km / 800m D+
Encore une étape qui aurait pût être « reposante » avec son profil assez roulant, mais c’était sans compter sur le vent qui nous a poursuivis toute la journée. Enfin poursuivre n’est pas le bon mot, puisque nous l’avons eu en pleine face !
Heureusement on atteint vite les rives du lac artificiel de Koman, qui alimente trois niveaux de barrages hydroélectriques sur le Drini, et qui est un régal pour les yeux. C’est moins vrai pour le plaisir de pédaler, car la route est rapidement défoncée : c’est la plus mauvaise que nous avons parcouru.

Pour nous récompenser de nos peines, nous trouvons un beau camping avec des grenades mures à point à cueillir depuis la tente ! Et nous rencontrons Marco, qui tient la buvette quand il ne distille pas ses alcools (ou l’inverse), et qui nous donne à boire un bon coup de fouet. Ou de matraque ?

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La distillation est au centre des préoccupations !

J6 : Koman – Alpin, 43 km / 1250 D+
Changement de braquet aujourd’hui, nous parcourons plus de 50 kilomètres sans un coup de pédale ! Aucune route n’ayant été construite après avoir noyé la vallée avec le barrage, c’est donc en ferry qu’il faut rejoindre Fierze. Comme en plus nous devons faire pitié avec nos vélos, le trajet ne nous coute pas très cher : le tarif à l’embarcadère de Koman est évolutif selon le nombre de « taxes » qui sont appliquées à la tête du client. Le profil à éviter : suisse avec une belle voiture ;D

Nous attaquons directement dans le vif du sujet après un passage à l’épicerie, la route qui serpente le long du barrage ne s’embarrasse pas de détours : c’est un défilé permanent de panneaux  » >10%  » – qui ne défilent donc pas trop vite en vélo… Brutal mais efficace, nous y serons vite habitués ! Des sources d’eau et muriers sont présents en abondance pour adoucir l’effort, et les paysages de montagne nous enchantent.
Nous nous arrêtons le soir dans un magnifique hôtel (Alpin hôtel) perdu au milieu de nul part, tiraillés par l’envie de bivouaquer, mais nous n’avons toujours pas trouvé d’emplacement vraiment adapté et les cuisses se mettent en grève !

J7 : Alpin – Kukkes, 70 km / 1600m D+
Maintenant que nous sommes bien habitués aux routes de montagne, nous nous régalons sur cette portion qui enchaine les montées et descentes dans des forêts de conifères. Nous passons quelques petits cols, dévalons des lacets, le tout sur une route en parfait état et déserte ! Nous avons même la chance de recroiser des suisses avec qui nous avons fait le trajet du lac en ferry, et qui nous offrent des fruits et du chocolat pour le goûter.

Alors que nous approchons de Kukkes, nous décidons de nous trouver un coin pour bivouaquer mais ce n’est pas simple : toute la journée nous avions des emplacements parfaits et tranquilles, et maintenant c’est beaucoup plus habité ! Après avoir demandé conseil aux habitants, on se fait « trimballer » un moment jusqu’à rejoindre une bretelle d’autoroute à proximité de Kukkes. Pas grave, il y a un lac et même si ça fait terrain vague on a trop envie de dormir dehors avant de rejoindre la ville…
Au final on est accueilli par une bande de gosses surexcités pour qui nous sommes la grosse attraction du moment, et nous rigolons bien entre parties de foots et discussions via google translate (et profusion de claques entre gamins, vive la communication non violente !). Le clou du spectacle : le montage de la tente ;p

J8 : Transition en bus entre Kukkes et Vlora
Notre trajet initial devait se faire tout à vélo, avec un passage par la Macédoine, mais en arrivant à Shkoder nous pensions avoir trop peu avancé (montre mal configurée) et être incapable de rejoindre à temps le bateau. Nous avons donc décidé de faire un transfert vers Vlora pour éviter de continuer sur un rythme de forçats et profiter du littoral dans une ambiance plus détendue…
Le réseau de bus en Albanie est assez flou, ce n’est pas la peine de chercher trop d’infos sur internet. Mais on trouve facilement des bus entre les villes et il est aisé d’en trouver qui acceptent de mettre le vélo sur le toit ou dans le coffre.
Petite aventure vélo du jour : pour rejoindre Kukkes et prendre le bus, passage obligatoire par l’autoroute dont nous sommes forcés de faire un bout à contre-sens en vélo 😀

La suite au prochain épisode !

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