De Chapelle en Index Crochues, escalade dans les Aiguilles Rouges

Dans la foulée du Cervin et pour profiter d’une excellente acclimatation, on avait prévu de faire la traversée de l’Obergabelhorn. Ce sommet qui en imposait déjà depuis le Zinalrothorn avait suffisamment de panache pour nous faire oublier nos envies de rocher « détente » au soleil ! Heureusement que la météo était là pour jouer les trouble-fête et nous offrir cette autre opportunité : profiter de belles classiques des Aiguilles Rouges en bivouac et sans la foule, le téléphérique de la Flégère étant fermé cette année.

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Un dièdre magnifique dans la Chapelle. Photo Cricri

Bien que débarrassés de toute la quincaillerie nécessaire aux parcours glaciaires, les sacs sont dans la catégorie poids-lourds au départ du télécabine de Planpraz : melons, concombre, cerises, abricots, rôti et bonbons, on ne va pas se laisser mourir ! Seules les bières sont absentes, signe qu’on devient trop vieux ou trop sportifs, on ne sait pas bien…
Le sentier qui traverse jusqu’au télésiège de l’Index est heureusement efficace et plutôt plat, et nous nous allégeons rapidement  de tout le superflu pour nous diriger vers la Tour des Crochues, notre premier objectif du WE.

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La tour des Crochues

La bonne surprise, c’est que nous ne trouvons aucune cordée à l’œuvre dans le secteur ! Alors que tous les topos parlent d’un itinéraire sur-fréquenté, et conseillent parfois de parcourir la voie Escande-De Galbert en horaire décalé, c’est le désert : avec la fermeture du téléphérique on s’attendait à être plus tranquille, mais le résultat dépasse de loin nos espérances…
On attaque la voie par une longueur assez jolie et pas trop difficile (5a), mais que je parcours sans courir car nous avons décidé de grimper en grosses chaussures (pour ma part j’ai d’ailleurs laissé les chaussons à la maison…) : le rocher n’a pas beaucoup de grain et demande un peu d’acclimatation pour être en confiance ! Christine hésite un instant à passer en chausson au relais, puis décide de tenter le coup et enchaine brillamment la seconde longueur de 5a en grosses : elle a vraiment beaucoup progressé !

 

La suite de la voie est sans surprise, c’est une escalade agréable avec une ambiance assez gazeuse pour ce niveau. L’équipement est plutôt bon même si certains passages sont rendus brouillons par l’enchevêtrement de plusieurs itinéraires… La voie mérite son statut de classique !

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Flagrant délire : en plein concours de grognements. Photo Cricri

Après une descente agréable et efficace, on se pose au sommet du télésiège de l’index sur un emplacement de bivouac panoramique et confortable pour profiter d’une belle soirée. Les jeunes chamois puis un troupeau de moutons assurent l’animation de cette soirée par un concours de burlesque : si vous trouvez fades les troupeaux qui broutent de façon mécanique toute la journée, vous serez surpris de les voir bondir et se battre dans l’anarchie la plus complète au crépuscule !

Le dimanche c’est en toute logique à la Chapelle de la Glière que nous allons nous recueillir. Les cotations sont douces sur le papier (5a max) et après une journée facile aux Crochues on s’est convaincu qu’on allait dérouler. C’est l’erreur classique qu’on répète de nombreuses fois chaque année mais qu’on continuera à faire encore dans 20 ans : à trop sous-estimer une course, on prend toujours une claque.
La première longueur de la voie est un dièdre avec des flancs dalleux aux prises de pieds peu franches, et une fissure assez large et délicate à protéger (on n’avait pas de friends assez gros). En chaussons, pas de soucis, mais avec mes grosses c’est plus délicat !
Pas après pas je me retrouve loin du point avec des appuis précaires, et l’issue est forcément vers le haut : coincement de cuisse, coincement de genoux, un grognement et c’est fini ! Mais dans la bataille mon moral et celui de Cricri (qui en assurant a le temps d’imaginer les conséquences d’une chute sur la vire) en ont pris un coup.

La suite déroule bien mieux mais il faut quelques longueurs pour que la confiance revienne. Cricri se régale en chaussons dans le second dièdre en 5a, où l’escalade est magnifique et bien mieux protégée, et on fait un bon pique-nique à la sortie de ce dièdre. A partir de ce moment on repasse en mode détente et on profitera bien plus de la voie.

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Dans le très beau dièdre de L4, 5a. Photo Cricri

Le passage du rasoir est fantastique, avec une escalade impressionnante mais facile et une vue superbe pour le leader. A classer parmi les plus belles longueurs du secteur ?

La partie suivante, jusqu’au pied de la Chapelle est un peu moins intéressante à l’exception du beau dièdre cheminée où Christine se régale à faire des coincements de mains bétons. La chapelle est très impressionnante vu d’en bas, mais c’est un bonheur à grimper avec des prises franches qui surgissent les unes après les autres ! Le clocher est plus teigneux en grosses, bien que la difficulté soit concentrée sur un pas facile à « artifer ».

Après un très beau rappel, la traversée vers l’Index est agréable et logique. Le cheminement est astucieux et toujours facile, contrairement à ce qu’on redoute avant de découvrir certains passages clefs !

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Christine sonne les cloches

On retrouve avec plaisir notre bivouac et une vue encore plus belle que la veille, sans nuages pour nous cacher le Mont-Blanc. La soirée est plus chaude mais la pluie nous réveille à 4h du matin…
Le lendemain nous avions prévu une petite voie tranquille pour mettre la malédiction du Castor à l’Index, mais les éclaircies alternent avec de fortes averses et on décide d’aller manger des burgers et boire une bière pour changer un peu de nos bivouacs trop sains !

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