Débuter et progresser en alpinisme hivernal mixte autour de Chamonix

L’alpinisme hivernal, ou « escalade mixte », est une pratique complète et ludique qui associe toutes les composantes de l’alpinisme : évolution sur neige, rocher et glace; escalade; autonomie dans la pose des protections; et beaucoup de gestion de l’environnement hivernal et de la sécurité. Il n’est donc pas toujours simple de débuter ou de progresser sans se mettre « au tas » et en évitant les quelques classiques « sur-fréquentées » ! Prendre son temps et apprendre les bases loin des lignes englacées « instagramables » est un gage de réussite; et l’on prend vite goût à la diversité de voies accessibles dans les massifs de « moyenne-montagne » comme à plus haute altitude !
Petit tour d’horizons de quelques possibilités autour de Chamonix…

« Mixte académie », Aiguilles Rouges

Si vous souhaitez découvrir avec un guide de haute-montagne l’alpinisme hivernal, progresser en escalade mixte, parcourir une jolie voie ou vous former, n’hésitez pas à me contacter !
Cette activité est accessible à toute personne motivée, quel que soit le niveau d’escalade 😉

Les fondamentaux de l’alpinisme hivernal

Se former à la gestion du risque hivernal

Avant de se lancer « piolet au clair » dans des voies de mixte, il est indispensable de prendre en compte la particularité des conditions hivernales, et de s’offrir une solide formation à la gestion du risque hivernal : le danger d’avalanche existe pratiquement toujours en mixte, que ce soit durant l’approche, dans l’itinéraire, ou à la descente. Il est toujours possible de trouver quelques itinéraires peu exposés, mais encore faut-il avoir les bonnes connaissances pour s’en assurer. Et en cas de pépin, il est primordial d’être équipé et formé pour gérer un éventuel auto-secours !
Pour ça je ne peux que vous recommander les excellentes formations dispensées dans tous les massifs par les guides agréés ANENA (les accompagnateurs le font aussi en raquettes), et notamment les stages « sauvetage » (1 jour), « comprendre la trace » (2 jours) puis avec plus d’expérience « faire la trace » (2 jours). La structure des formations ANENA (Association Nationale pour l’Etude de la Neige et des Avalanches) et leur mise à niveau avec les dernières connaissances au niveau international sont un excellent gage de qualité.

Se former à la pose de protections

Le second fondamental en alpinisme hivernal, c’est la capacité à poser de bonnes protections : la plupart des itinéraires sont peu ou pas équipés. Plutôt que d’attendre, pour progresser, de se retrouver dans le froid, avec des fissures cachées par la neige et bouchées par la glace; des becquets difficiles à contrôler; une glace fine… Mieux vaut s’entraîner au chaud en site école !

Pour la pose de coinceurs et friends, plusieurs écoles d’escalade de la vallée peuvent servir de support : les Gaillands, le Fayet, la Colombière (voir notamment les voies « They can lure you » et « la vie en rose »). Le site de dry/artif du Fayet se prête également à la pose de pitons.

Pour pratiquer la pose de broches à glaces et lunules, la bédière de la mer de glace offre de très bonnes possibilité. Les cascades d’initiation type « ruisseling » peuvent aussi être de bons plans en hiver.
Pour s’entraîner à poser des protections en neige (ancres à neige mais aussi corps morts, champignons), un petit tour en station ou à proximité d’une remontée mécanique est la solution la plus simple.

L’escalade en rocher estival, et quelques séances de glace sur un site artificiel facilement accessible, permettent de se familiariser avec la gestuelle de grimpe sans se mettre en difficulté !

Quelques courses (très) faciles pour débuter

Pour une première expérience en tête, ou pour s’initier à l’activité lorsque l’on est peu aguerri en escalade en second, l’idéal est de s’attaquer à un itinéraire très simple techniquement et facile d’accès : on pourra ainsi se concentrer sur les aspects à travailler sans trop de parasites (fatigue, glacier complexe, timing, ,…)

Secteur du refuge Torino

Si la météo et les conditions le permettent (peu de vent, température confortable et peu de neige fraîche), le secteur des Aiguilles Marbrées est idéal : en plus de la traversée des arêtes, course d’initiation classique (en hiver et jusqu’à Juin c’est mixte et moins fréquenté), on pourra évoluer sur des pentes de neige et mixte faciles, et avec un rocher souvent propice à la pose de protections.
Les différents couloir W (en particulier le couloir principal qui débouche à droite du sommet N) proposent des pentes de neige qu’on peut agrémenter d’un peu de mixte.
« La pertu » est une voie techniquement facile, qui se protège bien, mais où il faudra être vigilant à la qualité du rocher et à l’absence de cordées au dessus.
« Qui a mangé tous les petits fours? » est un peu plus difficile techniquement, mais les passages peuvent tous être évités par du terrain plus facile à droite, c’est donc un bon choix pour se tester lorsqu’on est déjà grimpeur.
On trouvera également des opportunités sur le Petit Flambeau et à l’Aiguille de Toule.

Secteur Aiguille du Midi

Du coté de l’Aiguille du Midi, certaines classiques comme les Pointes Lachenal et l’arête à Lolo sont intéressantes en conditions enneigées, et sont moins fréquentées de Janvier à Mai. On pourra les utiliser comme terrain d’entrainement en veillant à ne pas gêner les autres cordées ce qui ne pose pas de soucis avec du tact.

Initiation/formation à l’arête à Lolo

Secteur des Grands Montets

Pour réaliser des courses faciles techniquement mais un peu plus sérieuses par leur approche (du moins jusqu’à la réouverture du téléphérique), on peut recommander dans le secteur des Grands Montets l’arête du belvédère (attention avec les travaux ce n’est peut être pas réalisable en 2025) et la voie normale de la Petite Verte.

Petite Verte

Le secteur des Aiguilles Rouges offre aussi de belles possibilités, mais il est encore peu exploré : de nouveaux itinéraires d’initiation seront sans doute publiés cet hiver 😉

Des courses de difficulté modérée pour progresser

Une fois à l’aise avec les bases de l’escalade mixte, il est temps d’envisager des itinéraires pour progresser. On peut alors chercher à réaliser des voies plus longues de niveau modéré, plus sauvages, ou s’exercer sur un terrain « école » plus technique ! La méthode que je propose généralement est de ne s’autoriser à varier, par rapport au niveau où l’on est à l’aise (évolution en sécurité et respect des horaires), qu’un seul des paramètres suivants : la difficulté technique, la longueur, l’engagement (difficulté à faire demi-tour), les conditions de la course et les conditions météo. Il suffit en effet de peu de choses pour se mettre en difficulté, et en conditions hivernales les journées sont plus courtes et les conséquences plus importantes en cas de soucis !

Secteur du refuge Torino

Le secteur de Torino (Aiguilles Marbrées, Petit et Grand Flambeau, Aiguille de Toule) est encore une fois un lieu de choix pour se confronter à des voies plus techniques et faciles d’accès. L’avantage : éviter la foule qu’on rencontre sur les classique de difficultés modérées comme les goulottes du Triangle du Tacul (en particulier la Chéré, la Contamine-Grisolle se prête mieux à l’apprentissage et aux cordées multiples) ou les itinéraires de la Tour Ronde.
La directe des Cristalliers est souvent parcourue, se protège assez bien (bons relais et peu de passages expos) et se fait bien à la journée. On se méfiera cependant de la fréquentation du secteur car elle canalise les chutes de pierre dans le bas, et le terrain est loin d’être sain…
La retraite avant l’Arthrite est une bonne alternative, avec une partie basse peu soutenue qui permet de se tester (un premier pas délicat mais bien protégé au piton de L1…) avant la sortie en terrain plus délicat. On peut alors bifurquer sur les Cristalliers sauf si l’on a déjà acquis un peu d’expérience dans ce terrain!
Open your mind est une voie à l’escalade plus soutenue, mais pour de bons grimpeurs ça se gère bien car elle est courte et les protections sont correctes.
La diagonale des fours demande une bonne aisance en escalade et pour la pose de protections, en faisant attention au rocher parfois instable.
D’autres voies plus faciles existent sur le Petit Flambeau, notamment les voies Eliseo Cheney, Filipini et Lemuri en face NE.
Certaines voies du Grand Flambeau, en bonnes conditions, présentent de très beaux parcours mixte avec neige, glace et rocher : Koala Pirla est la moins difficile.

Secteur des Grands Montets

Du coté des Grands Montets (attention accès piéton interdit tant que le téléphérique n’est pas rouvert), l’arête de Bochard est un très bel itinéraire complet et long. Les passages techniques sont assez courts mais il faut être capable de tenir l’horaire si l’on sort au sommet, ce qui impose aussi généralement de grimper avec les skis sur le dos.
Avec une approche plus longue à ski, quelques itinéraires sont intéressants pour progresser, c’est le cas par exemple des voies Pépite et Brigitte à la Petite Aiguille Verte. Ces voies sont d’accès assez aisé à ski (attention au glacier piégeux sur la fin, il est utile de s’encorder même à ski !), courtes, peu engagées.

Secteur des Aiguilles Rouges

Un secteur idéal pour la progression car facilement en conditions de Décembre/Janvier jusqu’à début Avril (attention au bon regel pour ne pas abimer les voies et se mettre en danger !), ce sont les Aiguilles Rouges.
Le secteur est en cours de développement, mais offre déjà des itinéraires de niveau moyen ou plus techniques, qui se parcourent sans soucis à la journée. On y grimpe principalement sur la neige, le rocher et les touffes d’herbe gelées; parfois sur de la glace fine selon les voies. Il faut toutefois prêter attention au caractère parfois difficilement protégeable des itinéraires (qui sont tous en « trad » avec uniquement les pitons nécessaires et parfois les relais), car le rocher peut être compact : pour cette raison, j’essaye de promouvoir l’utilisation de la cotation à deux entrées des britanniques, voir annexes plus bas !
Le secteur « Flégère/Index » est assez dense, ça vaut donc la peine de discuter entre cordées dès le départ du télésiège de l’Index pour éviter de se retrouver à plusieurs cordées dans le même itinéraire (certains n’y sont vraiment pas propices !) 😉
Mixte académie est la classique du secteur, et une des plus abordables. L’escalade est agréable, en bonnes conditions elle n’est pas « aléatoire », et les possibilités de protection sont suffisantes même s’il faut parfois engager. Avec son approche courte elle est par contre assez fréquentée.
Jardin partagé est un itinéraire court et peu soutenu, qui convient bien pour amener un second peu aguerri mais demande que le leader soit à l’aise pour la longueur clé aux protections parfois difficiles à trouver.
L’impatiente est un bel itinéraire de difficulté modérée mais qui demande de la réflexion pour trouver l’itinéraire et se protéger (quelques pitons en place).
L’arête SE de l’Index, quand elle est bien enneigée, offre un parcours très esthétique mais il faut être vigilant dans l’accès qui est exposé !
Quand on arrive en mixte est une jolie goulotte encaissée au soleil, à parcourir uniquement par temps froid voir nuageux, et à éviter absolument si une cordée est déjà engagée.
Le syndrome de lime et Les soulèvement de la touffe sont deux voies plus difficiles techniquement, mais qui se protègent bien. Elles peuvent donc être appropriées pour essayer une escalade plus technique.

Informations supplémentaires

L’importance des conditions en mixte

Pour tous les itinéraires évoqués dans cet article, il est primordial de faire attention aux conditions avant d’envisager un parcours. Les voies de mixte parcourent des terrains gelés tout ou parti de l’année, et sont donc très sensibles aux conditions d’enneigement, d’englacement et de gel. Un parcours sur un terrain trop chaud est dangereux car le terrain peut devenir instable, certains relais ou points de protection plus fragiles, les ancrages précaires. Il est important également de veiller à ne pas détériorer les voies, notamment en grimpant sur des touffes non gelées !
Pour les voies parcourant des placages de neige ou glace, leur absence ou leur fragilité peuvent rendre l’escalade impossible ou dangereuse.
Un trop faible remplissage en neige/glace peut rendre le terrain instable, ou le parcours impossible.
N’hésitez jamais à renoncer, d’autant que dans tous les secteurs évoqués il existe toujours des alternatives !

Les bons usages à promouvoir entre cordées

Il est agréable de partager une même passion, certaines journées tiennent aussi leur saveur des rencontres dans les voies, et dans des secteurs faciles d’accès il est difficile d’espérer être seul. Attention quand même à prendre soin les uns des autres, et en particulier :
– essayer de communiquer au maximum entre cordées dès l’accès ou la benne ou en s’équipant, plutôt que de courir vers le pied des voies comme j’ai pu le voir parfois l’an dernier… C’est plus sain, et c’est plus confortable que de s’équiper en équilibre dans la pente pour au final se faire re-doubler !
– se méfier de certains itinéraires qui canalisent les chutes d’objet (les goulottes de la Floria ou certaines voies secteur Torino en particulier !) ou des voies où le rocher n’est pas encore complétement purgé… Il vaut mieux s’y tenir à une cordée dans la voie pour le bien être de tous…
– quand vous grimpez à plusieurs cordées, merci d’éviter de partir en tête « au cul » de la cordée de devant, ça ne fais pas gagner de temps mais c’est peu agréable pour tout le monde et dangereux en cas de chute du second, d’objets, … On est mieux pour patienter à discuter en doudoune au relai avec une tisane 🥳

Les différents types de terrain

Lorsque l’on débute en mixte, il est important de prendre en compte les différences de terrain entre les voies, qui peuvent impacter largement la gestuel de grimpe ou la manière de protéger !
De manière générale, les voies présentées ici se protègent uniquement sur rocher. Selon les sommets et le type de rocher, ces protections sont plus ou moins évidentes à poser. Ainsi les débuts de voies dans le secteur de Torino ont tendance à être plus compacts que la suite, et donc plus délicats à protéger. Les voies en Gneiss (Aiguilles rouges) peuvent vite se révéler délicates à protéger, notamment les passages raides en touffes gelées. On appréciera d’y aller avec un marteau et quelques pitons au cas où…
Il est donc utile à chaque fois que l’on change de secteur de prendre de la marge pour découvrir le type d’escalade.

A propos des cotations

La cotation usuelle en mixte en France et dans les Alpes est l’échelle « M » suivie d’un chiffre de 1 à 12, qui indique une escalade en crampons/piolets sur un terrain mêlant neige/glace/rocher. Cette cotation a été crée à l’origine pour la pratique de la cascade de glace et les voies de mixte en haute montagne, lorsque l’évolution de la pratique a confronté les grimpeurs avec des sections de rocher pour lier des zones de glace. Elle rend compte de la difficulté technique et physique de l’escalade, mais ne donne aucune indication sur la qualité des protections, la facilité à les trouver et leur abondance… ou non ! Tout au plus ont été ajoutés quelques indications comme R (protections éloignées) et X (chute dangereuse).
Avec l’évolution de la pratique, et l’apparition de voies de plus en plus nombreuses dans des terrains mixtes à dominante rocher et neige; et encore plus avec l’évolution de la pratique en moyenne montagne dans des terrains où l’on utilise beaucoup les touffes gelées; cette cotation peine à rendre compte de la difficulté réelle à parcourir une longueur en tête en sécurité, et de l’implication « morale » de ce parcours.

Les britanniques sont plus familiers de ce terrain qu’on retrouve à foison notamment en écosse, et qui est parcouru depuis longtemps en hiver. Ils utilisent une cotation à double entrée avec un chiffre romain de I à XII, et un chiffre arabe de 1 à 13 (échelles ouvertes). L’intérêt de cette cotation est de prendre en compte la globalité du parcours, ainsi :
-> Lorsque le chiffre arabe augmente, les difficultés physiques et techniques augmentent.

-> Le chiffre romain est une indication du sérieux de la voie, et prend notamment en compte la difficulté à se protéger : est il facile de trouver des protections, sont elles nombreuses et protègent-elles bien les sections clés, sont elles fiables ?
-> Lorsque l’écart entre le chiffre romain et arabe augmente, il indique la difficulté à se protéger : plus le chiffre romain est bas par rapport au chiffre arable, plus il est facile de se protéger. Dans le cas inverse l’escalade est délicate à protéger.

Les topos proposés sur mon site essayent donc d’introduire ce fonctionnement, en commençant par le massif des Aiguilles Rouges où il fait particulièrement sens :
-> Le secteur est en plein développement, c’est donc l’occasion de tester…
-> Le type d’escalade et le terrain rendent ce système particulièrement utile. Il y a une grosse différence entre le M4 de « Mixte académie » (IV/4 selon des répétiteurs anglo-saxons) et celui de « l’agro alpinisme du futur » (V/4 idem). De la même manière les longueurs dures de « Basile le crocodile » (proposé à VI/7 par des écossais) et des « soulèvements de la touffe » (proposé à VI/7) sont nettement plus techniques, mais comme indiqué sont bien plus simples à protéger et permettent de plus se « lâcher » (pas trop quand même ;p).
Tous vos retours sur cet essai sont bienvenus, ainsi que les retours sur les topos en général !

Si vous souhaitez découvrir avec un guide de haute-montagne l’alpinisme hivernal, progresser en escalade mixte, parcourir une jolie voie ou vous former, n’hésitez pas à me contacter !
Cette activité est accessible à toute personne motivée, quel que soit le niveau d’escalade 😉

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